Par plaisir et par arrogance, elle se qualifiait volontiers de « futile ». Elle ne l’était bien sûr pas, même si elle cultivait une apparence de fashonista avec persévérance et ostentation.
Ses amis et les autres la disaient froide et hautaine. Elle construisait son propre rôle avec tant d’assiduité quelle finissait par y croire, par en être dupe.
Son détachement était sans doute feint, je crois qu’elle-même n’aurait su le dire. À force de résister, de mettre à distance, le vrai se confondait avec le faux, le fabriqué avec le naturel, le décor avec la réalité.
Ses habits noirs et son teint pâle la désignaient comme cruelle et glacée, sans l’ombre du hasard d’une quelconque humanité possible. Un rire bref et haut perché achevait de la faire passer pour la méchante fée qu’elle souhaitait paraître.
Confite dans une vanité extrême, elle détestait chaque photo où elle apparaissait, qu’elle traquait et détruisait avec un soin jaloux.
En réalité, personne ni elle, n’avait jamais pu voir son visage, le vrai, celui qu’elle cachait sous son maquillage parfait, sous sa peau fine et blanche, dans sa viande.

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