Fini la comédie

Elle avait dit des trucs désagréables. Que je ne la laissais pas respirer, qu’à cause de moi elle perdait des amis, que je ne pouvais pas la comprendre vraiment, que ses cours de gym c’était important pour elle, que je ne pouvais rien piger de ses envies, que j’étais bien comme tous ces cons de mecs. Que tout ça c’était pour la baise et que de toute façon c’était même pas si bien. Elle a ajouté que mes fleurs je pouvais les garder, qu’elle pouvait s’en acheter.

Je l’ai regardée et ça ne m’a rien fait, rien du tout. Sur le coup je ne m’en suis même pas rendu compte. C’est en rentrant chez moi, dans ma vieille Alfa.

Il faisait une chaleur lourde, ce mois de juin était un des plus beaux depuis longtemps. C’était la fin de l’après-midi, peu de monde sur la route, tous ces blaireaux étaient sans doute allés s’entasser au bord du lac, bouffer leurs putains de saucisses ou prendre d’affreux coups de soleil à la piscine, pour rentrer en hordes vulgaires, empestant le chlore.

Arrêté au feu rouge, je me souviens que j’ai compris en un éclair que je n’en avais plus rien à foutre d’elle. Je me sentais bien. Libre, rendu à moi-même.

C’était fini. Comme un médicament qui produit son effet. Tout me semblait évident, tout m’apparaissait léger. J’étais détendu, sans avoir rien fait de spécial.

Le téléphone pouvait sonner ou pas. C’était égal. Je me ressentais comme une guérison. Elle allait m’appeler, faire mine de s’excuser sans le faire, comme chaque fois, genre on change de sujet et on n’en parle plus et elle me balancerait un truc gentil. Moi, j’essaierai de résister et au deuxième truc gentil j’accepterais son rendez-vous.

Eh bien non. Pas cette fois. Je tiendrai bon. Je ne débrancherai même pas le téléphone, ou juste une heure.

Cette fois, la comédie était terminée. Enfin. J’inspirai profondément.

Je m’étais fait une pizza surgelée, dégueulasse et le téléphone n’avait pas sonné. Le bonheur.

Tôt le lendemain, la sonnerie de la porte me réveilla. C’était samedi, elle était là debout devant moi avec une grosse valise, ses yeux verts et une raquette de tennis dans une fourre Wilson.

- Je crois que je vais vivre avec toi.

Elle entra.

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